À la rentrée 2027, l’enseignement de sciences numériques et technologie (SNT) passera de 1 h 30 à 2 heures par semaine en seconde, dont une heure consacrée à l’intelligence artificielle. En attendant, deux parcours Pix sur l’IA sont déjà obligatoires, et un cadre officiel fixe ce que les élèves ont le droit de faire avec l’IA. Ce que l’on sait vraiment, ce qui reste à écrire, et comment s’y préparer.
Le 19 juin 2026, le Premier ministre l’a annoncé : « dès la rentrée 2027, les élèves de seconde bénéficieront d’une heure d’enseignement à l’intelligence artificielle par semaine ». Un mois plus tard, le 20 juillet 2026, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a demandé officiellement au Conseil supérieur des programmes (CSP) de réécrire le programme de SNT. Sa lettre fixe le cap : l’École doit permettre aux élèves « d’avoir la maîtrise de ces outils, et non d’en devenir l’objet ».
Entre annonces, rumeurs et textes officiels, il est facile de s’y perdre. Cet article fait le tri, en s’appuyant uniquement sur les documents publiés.
La SNT aujourd’hui : un enseignement né en 2019
La SNT a été créée par la réforme du lycée, à la rentrée 2019. Elle est suivie par tous les élèves de seconde générale et technologique, à raison de 1 h 30 par semaine. Son programme actuel est organisé en sept thèmes :
- Internet ;
- le Web ;
- les réseaux sociaux ;
- les données structurées et leur traitement ;
- localisation, cartographie et mobilité ;
- informatique embarquée et objets connectés ;
- la photographie numérique.
La programmation en Python traverse ces thèmes. La SNT est enseignée par des professeurs de disciplines variées : mathématiques, physique-chimie, technologie, sciences de la vie et de la Terre, ou informatique pour les titulaires du CAPES de numérique et sciences informatiques (NSI).
Ce qui va changer à la rentrée 2027
| Aujourd’hui | Rentrée 2027 | |
|---|---|---|
| Horaire hebdomadaire | 1 h 30 | 2 heures, dont 1 heure dédiée à l’IA |
| Programme | programme de 2019, sept thèmes | programme révisé « dans son ensemble », projet du CSP attendu au plus tard en décembre 2026 |
| Nom de l’enseignement | sciences numériques et technologie | pourrait être modifié pour refléter les nouveaux contenus |
| Élèves concernés | seconde générale et technologique | tous les élèves de seconde générale et technologique ; une déclinaison est prévue « dans un second temps » pour la voie professionnelle |
La lettre du ministre précise que la SNT rénovée « conservera un ancrage scientifique ». Elle devra faire comprendre le rôle central des données, consolider la pensée informatique et algorithmique, et faire appréhender la réalité matérielle des infrastructures du numérique : câbles, serveurs, centres de données. Elle devra aussi aider à saisir les enjeux environnementaux, géopolitiques, économiques, informationnels et démocratiques des espaces numériques, notamment des réseaux sociaux.
Les trois objectifs du volet IA
- Comprendre : poser les bases d’une compréhension scientifique et technique de l’IA, « sans technicité excessive à ce niveau », articulée à une réflexion sur les données, leurs biais, leur protection, et sur la souveraineté numérique.
- Exercer son esprit critique : aborder les dimensions sociétales, éthiques, juridiques (vie privée, secrets protégés) et environnementales de l’IA, en lien avec l’éducation aux médias et à l’information et l’enseignement moral et civique.
- Utiliser l’IA de façon éclairée, dans le cadre de référence des compétences numériques (CRCN), qui sert aussi de base à Pix.
Le programme devra être « synthétique et concret », rester pertinent malgré l’évolution très rapide des technologies, pouvoir être mis à jour régulièrement, et éveiller des vocations pour les études scientifiques et technologiques.
Comprendre l’IA en quatre étapes
En attendant le programme officiel, voici ce que recouvre, en termes simples, le « fonctionnement » d’une IA générative comme celles que les élèves utilisent déjà.
- Les données : un modèle de langage est entraîné sur une quantité immense de textes. Ce qu’il « sait » dépend entièrement de ces données, avec leurs erreurs, leurs manques et leurs déséquilibres.
- L’apprentissage : le programme apprend à deviner le mot suivant d’un texte. À chaque erreur, il ajuste un peu ses réglages internes, des milliards de nombres appelés paramètres. C’est l’apprentissage automatique, souvent réalisé avec des réseaux de neurones artificiels.
- Le modèle : à la fin, on obtient un énorme fichier de nombres. Il ne contient ni dictionnaire ni encyclopédie : il contient des régularités statistiques.
- La réponse : quand on lui pose une question, le modèle calcule, mot après mot, la suite la plus probable. C’est pourquoi une réponse peut être bien écrite… et fausse : on parle d’hallucination.
Ces quatre idées suffisent déjà à poser les bonnes questions en classe : d’où viennent les données ? Qui les a choisies ? Que se passe-t-il si elles contiennent des préjugés ? Combien d’énergie faut-il pour entraîner et faire fonctionner ces modèles ?
Dès maintenant : les parcours Pix sur l’IA
Sans attendre 2027, deux parcours Pix consacrés à l’intelligence artificielle sont obligatoires en quatrième, en seconde (générale, technologique et professionnelle) et en première année de CAP, selon le Bulletin officiel du 5 février 2026. Leur déploiement est progressif sur les années scolaires 2025-2026 et 2026-2027 :
- parcours 1 : décrypter le fonctionnement et les enjeux de l’IA ;
- parcours 2 : utiliser l’IA générative de façon éclairée et efficace.
Chaque parcours dure de 30 à 45 minutes. Il commence par un diagnostic, puis propose des modules courts adaptés au niveau de l’élève. Pix annonce plus de 1,5 million d’élèves concernés chaque année.
Attention à une confusion fréquente : ces parcours ne sont pas une certification. La certification Pix, qui atteste officiellement le niveau de compétences numériques, reste passée en terminale et en deuxième année de CAP.
Ce que les élèves ont le droit de faire avec l’IA
Le ministère a publié le 14 juin 2025 un cadre d’usage de l’IA en éducation, après une consultation nationale. Il fixe des règles claires, selon l’âge des élèves.
- À l’école primaire, les élèves découvrent les notions de base de l’IA, sans manipuler directement d’IA générative.
- Au collège, à partir de la 4e, l’usage pédagogique est autorisé en classe, de façon limitée, encadrée et expliquée par l’enseignant. Les élèves n’ont pas à créer de compte personnel sur un service grand public.
- Au lycée, les élèves peuvent utiliser l’IA générative de façon autonome, dans un cadre d’apprentissage explicitement défini par l’enseignant.
- Partout, utiliser l’IA pour faire un devoir sans autorisation explicite et sans travail personnel d’appropriation est considéré comme une fraude. Aucune donnée personnelle ou sensible ne doit être saisie dans un outil grand public.
Le cadre invite aussi à la sobriété : n’utiliser l’IA que lorsqu’elle apporte une réelle plus-value, en gardant en tête son coût environnemental.
Pourquoi maintenant ?
- Les élèves utilisent déjà l’IA, souvent sans comprendre comment elle fonctionne, ni ses limites. L’objectif est de passer d’un usage subi à un usage maîtrisé.
- Le droit européen l’impose aux organisations : le règlement européen sur l’intelligence artificielle (règlement (UE) 2024/1689) demande, depuis le 2 février 2025, que les fournisseurs et les utilisateurs professionnels de systèmes d’IA veillent à un niveau suffisant de « maîtrise de l’IA » de leurs personnels. Former les citoyens dès le lycée s’inscrit dans ce mouvement.
- Les métiers évoluent : dans l’industrie, le bâtiment, la santé ou l’enseignement, l’IA devient un outil de travail. La comprendre devient une compétence de base.
Des filles et des garçons dans le numérique
Les filières et les métiers du numérique et de l’IA restent très majoritairement masculins. Parce qu’elle s’adresse à tous les élèves de seconde, avant les choix de spécialités, la SNT est un levier pour agir tôt. La lettre du ministre demande que le futur programme suscite, « chez les filles comme chez les garçons, l’intérêt et la confiance » nécessaires, avec des exemples et des activités qui montrent une représentation équilibrée des femmes et des hommes.
Les questions qui restent ouvertes
- Le contenu précis : le CSP doit publier son projet de programme au plus tard en décembre 2026. Tant qu’il n’est pas paru, les listes de notions qui circulent, parfois très détaillées, ne sont que des hypothèses.
- La place des thèmes actuels : le programme étant revu « dans son ensemble », personne ne sait encore quels thèmes seront conservés, fusionnés ou allégés.
- Les enseignants : dans un communiqué du 2 juillet 2026, la Société informatique de France pose trois conditions de réussite : former en nombre des enseignants d’informatique (titulaires du CAPES NSI ou de l’agrégation d’informatique), concevoir un programme ambitieux, et faire de l’informatique et de l’IA une culture scientifique commune à tous les lycéens, au-delà de la seule seconde. Elle rappelle qu’il y a environ 19 000 classes de seconde en France.
- L’équipement : enseigner l’IA suppose des salles et des logiciels adaptés, si possible respectueux des données des élèves.
Questions fréquentes
Mon enfant en seconde cette année est-il concerné ?
Par l’heure d’IA en SNT, non : elle commence à la rentrée 2027. Par les parcours Pix sur l’IA, oui : ils sont obligatoires en seconde dès cette année scolaire.
Faudra-t-il savoir programmer ?
Le programme n’est pas encore publié. La SNT actuelle comprend déjà une initiation à Python, et la lettre du ministre demande de consolider la « pensée informatique et algorithmique », sans « technicité excessive ».
Les élèves de lycée professionnel sont-ils concernés ?
Ils suivent déjà les parcours Pix IA en seconde professionnelle et en première année de CAP. Pour l’enseignement lui-même, la lettre du ministre prévoit une déclinaison vers la voie professionnelle « dans un second temps ».
Un élève peut-il utiliser ChatGPT ou un autre assistant pour ses devoirs ?
Seulement si l’enseignant l’a explicitement autorisé, et à condition de fournir un vrai travail personnel. Sinon, c’est considéré comme une fraude par le cadre d’usage de juin 2025.
À retenir
- Aujourd’hui : SNT 1 h 30 par semaine en seconde, sept thèmes, depuis 2019.
- Rentrée 2026 : deux parcours Pix sur l’IA obligatoires en 4e, en seconde et en 1re année de CAP ; ce n’est pas une certification.
- Rentrée 2027 : SNT à 2 heures par semaine, dont 1 heure d’IA, avec un programme entièrement révisé.
- Trois objectifs : comprendre, exercer son esprit critique, s’en servir de façon éclairée.
- Programme détaillé attendu au plus tard en décembre 2026 : méfiance envers les listes qui circulent avant.
Retrouvez nos séquences de seconde, dont la SNT, dans la rubrique Enseignement. Nous mettrons cet article à jour dès la publication du projet de programme.