Eurocodes de 2e génération : exemples concrets d’évolution

Publié le 25/10/2026 · Par admin · 7 min de lecture · 4 lectures

Ouvriers en train de travailler sur une dalle en béton de chantier

Bases de calcul, béton, bois, géotechnique, séisme : Eurocode par Eurocode, des exemples concrets de ce qui évolue avec la deuxième génération, avec des comparaisons chiffrées réalisées par notre moteur de calcul, et ce que cela change pour vos projets.

Dans un premier article, nous avons présenté la deuxième génération des Eurocodes dans ses grandes lignes. Place maintenant au concret : quelques évolutions marquantes, Eurocode par Eurocode, pour le bâtiment comme pour le génie civil. Les comparaisons chiffrées ont été réalisées avec le moteur de calcul de notre bureau d’études.

Avant et après : béton en un seul document, durabilité par classe de résistance à l’exposition, géotechnique en trois parties, séisme défini par deux valeurs du spectre
Quatre évolutions emblématiques, détaillées ci-dessous.

EN 1990, les bases de calcul : la fiabilité selon les conséquences

L’EN 1990 fixe les règles communes : situations de projet, combinaisons d’actions, coefficients de sécurité. La deuxième génération organise davantage la fiabilité selon les classes de conséquences, c’est-à-dire la gravité des conséquences d’une défaillance (pertes humaines, économiques, environnementales), avec une gamme élargie aux ouvrages aux conséquences très faibles comme aux ouvrages exceptionnels. Un abri de jardin et un stade ne méritent pas le même niveau d’exigence. Elle est complétée par une nouvelle partie consacrée à l’évaluation des structures existantes, indispensable pour la rénovation et la prolongation de la durée de vie des ouvrages.

EN 1992, le béton : un seul document et de nouvelles approches

Bâtiments, ponts et génie civil réunis

Dans la première génération, les règles du béton étaient réparties entre plusieurs parties : bâtiments, ponts, réservoirs et silos. La deuxième génération les réunit dans une seule partie, l’EN 1992-1-1, qui couvre les bâtiments, les ponts et les ouvrages de génie civil. La résistance au feu reste traitée à part.

La durabilité par classes de résistance à l’exposition

L’enrobage des armatures, c’est-à-dire l’épaisseur de béton qui les recouvre, protège l’acier de la corrosion. Jusqu’ici, il se déterminait à partir d’une classe structurale (S1 à S6) et de la classe d’exposition du béton. La deuxième génération introduit des classes de résistance à l’exposition (ERC) : l’enrobage minimal dépend de la résistance réelle du béton choisi aux agressions (carbonatation, chlorures). Plus le chiffre de la classe est petit, plus le béton résiste, et moins il faut d’enrobage. Cela valorise les bétons performants, y compris les bétons bas carbone dont la durabilité est démontrée.

Exemple pour une paroi exposée à la carbonatation avec alternance d’humidité et de séchage (classe XC4), durée d’utilisation de 50 ans :

Enrobage minimal de durabilité cmin,dur, classe XC4, 50 ans
RègleEnrobage
1re génération, classe structurale S430 mm
2e génération, béton de classe XRC 215 mm
2e génération, béton de classe XRC 325 mm
2e génération, béton de classe XRC 430 mm
2e génération, béton de classe XRC 535 mm

Avec un béton dont la résistance à la carbonatation est démontrée, l’enrobage peut donc diminuer nettement ; avec un béton moins résistant, il augmente. L’enrobage devient une conséquence du béton réellement choisi. Pour le maître d’ouvrage, cela signifie que le choix du béton et sa justification doivent être faits plus tôt dans le projet.

L’effort tranchant : le rôle des granulats

Dalle fissurée en biais près de l’appui, avec un zoom sur les granulats qui s’engrènent dans la fissure
Dans une dalle sans étriers, les granulats qui s’engrènent dans la fissure participent à la résistance.

Pour les éléments sans armatures d’effort tranchant, comme la plupart des dalles et des radiers, la deuxième génération adopte une formule issue de la théorie de la fissure critique de cisaillement. La résistance y dépend explicitement de la taille des granulats, par le paramètre ddg = 16 + D (en mm, D étant la taille des plus gros granulats, ddg ≤ 40 mm), rapportée à une longueur av qui combine la hauteur utile d et la portée de cisaillement acs = M/V : av = √(acs·d/4).

Nous avons comparé les deux générations avec notre moteur de calcul, pour une bande de dalle de 1 m de large sans étriers :

Résistance de calcul à l’effort tranchant VRd,c (kN par mètre de largeur)
Cas1re génération2e générationÉcart
Dalle d = 200 mm, C25/30, ρl = 1 %, granulats 20 mm, près de l’appui140166+19 %
Même dalle, granulats 8 mm140145+4 %
Radier d = 600 mm, C30/37, ρl = 0,8 %, granulats 20 mm, près de l’appui328342+4 %
Même radier, granulats 8 mm328298−9 %
Même radier, section où M/V = 3 d328284−13 %

Hypothèses : 1re génération selon l’EN 1992-1-1:2005 et son annexe nationale française (γc = 1,5) ; 2e génération selon le FprEN 1992-1-1:2023 avec γV = 1,5, valeurs vérifiées supérieures à la résistance minimale τRdc,min.

Trois enseignements :

  • en première génération, la taille des granulats et la position de la section n’interviennent pas : la valeur est la même dans chaque série ;
  • de gros granulats améliorent la résistance, car ils s’engrènent mieux dans la fissure ;
  • les éléments épais, loin des appuis ou avec de petits granulats, peuvent perdre en résistance : pour un radier ou une dalle de génie civil, un nouveau calcul s’impose, plutôt qu’une simple transposition.

Bétons à haute résistance et nouveaux matériaux

La résistance de calcul en compression devient fcd = ηcc·ktc·fck/γc, où le coefficient ηcc = (50/fck)1/3 ≤ 1 traduit le comportement plus fragile des bétons à haute résistance. Jusqu’au C50/60, rien ne change ; au-delà, la résistance de calcul diminue :

Résistance de calcul en compression fcd (MPa), γc = 1,5
Béton1re génération2e générationÉcart
C30/3720,020,00 %
C50/6033,333,30 %
C60/7540,037,6−6 %
C80/9553,345,6−15 %
C90/10560,049,3−18 %

De nouvelles annexes traitent des armatures en polymères renforcés de fibres, des bétons à granulats recyclés et de l’évaluation des structures existantes en béton.

EN 1995, le bois : le CLT entre dans la norme

Le bois lamellé-croisé (CLT), fait de planches collées en couches croisées, est utilisé pour les planchers et les murs des immeubles en bois. Il était calculé jusqu’ici avec des documents techniques complémentaires. La deuxième génération l’intègre dans l’Eurocode 5, avec également des règles revues pour le confort vibratoire des planchers : un plancher bois léger doit rester agréable quand on marche dessus, pas seulement résister.

EN 1997, la géotechnique : trois parties et un modèle de terrain

L’Eurocode 7 passe de deux à trois parties : règles générales, propriétés du terrain et ouvrages géotechniques (fondations, soutènements, talus, ancrages…). Il met l’accent sur le modèle de terrain établi à partir des reconnaissances, et adapte les exigences à la complexité géotechnique du projet. Une bonne étude de sol devient plus que jamais le point de départ du calcul des fondations.

EN 1998, le séisme : un spectre décrit autrement

Dans la première génération, l’action sismique partait d’une accélération de référence du sol, à laquelle on appliquait une forme de spectre. La deuxième génération définit l’action sismique directement par deux valeurs du spectre de réponse : Sα, sur le plateau du spectre, et Sβ, à la période de 1 seconde. Cette description colle mieux aux données sismologiques actuelles, en particulier pour les ouvrages souples comme les bâtiments de grande hauteur et les ponts.

Synthèse : ce qui bouge, et pour qui

Les évolutions présentées dans cet article
EurocodeÉvolutionOuvrages les plus concernés
EN 1990classes de conséquences élargies, évaluation de l’existanttous, en particulier la rénovation
EN 1992document unique, durabilité par ERC, nouvel effort tranchant, bétons à haute résistancedalles, radiers, ponts, bétons bas carbone
EN 1995CLT, vibrations des planchersimmeubles en bois
EN 1997trois parties, modèle de terrainfondations, soutènements
EN 1998spectre défini par Sα et Sβbâtiments élevés, ponts en zone sismique

Questions fréquentes

Peut-on choisir, pour un même projet, l’Eurocode 2 de deuxième génération et l’Eurocode 7 de première génération ?

Non : les deux générations ne se mélangent pas dans un même calcul, car les bases (EN 1990) et les coefficients ne sont pas les mêmes.

Les logiciels de calcul sont-ils prêts ?

Les éditeurs les adaptent progressivement. Il est prudent de vérifier, pour chaque note de calcul, la génération et l’annexe nationale utilisées.

À retenir

  • Mêmes principes, mais des formules et des notations nouvelles : un ouvrage recalculé peut donner des résultats différents, dans un sens ou dans l’autre.
  • Les gains les plus nets : un document unique pour le béton, la durabilité par la performance, l’existant enfin traité.
  • Pour les dalles et radiers sans étriers, la taille des granulats compte désormais.
  • Pendant la transition, ne mélangez jamais les deux générations dans un même calcul.

Notre bureau d’études réalise vos études de structure, en neuf comme sur l’existant.

Sources

  1. EN 1990:2023 — Eurocode : bases de calcul des structures et de la géotechnique
  2. EN 1992-1-1:2023 — Eurocode 2 : calcul des structures en béton, règles générales et règles pour les bâtiments, les ponts et les ouvrages de génie civil
  3. EN 1997-1:2024 — Eurocode 7 : calcul géotechnique, partie 1 : règles générales
  4. CEN/TS 19100 (verre structural), CEN/TS 19101 (polymères renforcés de fibres), CEN/TS 19102 (membranes tendues)

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